10. Oralité à l’origine de la transmission de la Bonne Nouvelle

Un idéal pédagogique centré sur le concept de la mémoire vivante

Durant près de trente ans (1931-1957), Marcel Jousse a régulièrement enseigné à la Sorbonne et dans différents instituts parisiens, sans aucune note, avec une stupéfiante capacité de mémoire où, selon sa collaboratrice Gabrielle Baron1, « tout s’enregistrait, se classait, s’ordonnait méthodiquement. » Le millier de cours magistraux qu’il a professés, ont été repris en sténotypie, puis méticuleusement dactylographiés sur près de 20 000 pages rassemblées en 75 fascicules.

Ce qui correspond à un travail considérable de Gabrielle Baron qui, dans un même élan, avait fait « enregistrer cinématographiquement les récitatifs de l’Évangile, afin de laisser après [elle], à la Fondation, en un document exact […] la méthode vivante de mémorisation globale étudiée au laboratoire, », sans pour autant malheureusement avoir pu « enregistrer ce récitatif dans le film… »

Tout pareillement, le ‘Vidéo-testament de Gabrielle Baron’ intitulé « Témoignage sur Marcel Jousse », enregistré en 1986 sur cassette VHS2, n’offre en rien la possibilité d’entendre la voix, ni de visionner les gestes du professeur Jousse. Ce qui est infiniment regrettable en raison des moyens techniques déjà à disposition au mitan du XXe siècle et du rôle particulier joué par l’intéressé en faveur de l’oralité.

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147. Les paraboles du Royaume en Mt 13

Les paraboles de Jésus expriment le Règne comme une réalité qui est le fait de l’activité de Dieu parmi les hommes : ce Royaume va croître au milieu d’eux, il va s’étendre de façon surprenante, discrètement, mais certainement jusqu’à sa plénitude. 

Moyen d’enseignement, images et sensibilité, les paraboles du Royaume des Cieux interpellent le lecteur grâce à leur profonde signification. Cette interpellation est d’autant plus directe que la version de Matthieu avec ses enjeux et son attrait, ne le laisse pas insensible. 

Ces paraboles ne seraient-elles pas de véritables trésors de réflexion d’abord pour les lecteurs de Matthieu dès la fin du premier siècle de l’ère chrétienne et ensuite pour nous qui sommes nés tardivement dans l’histoire?

Accueillons cinq messages paraboliques : 

Face aux difficultés de l’évangélisation, la CONFIANCE (le semeur)

Face à la permanence du mal, la PATIENCE (l’ivraie)

Face à l’insignifiance : l’ASSURANCE (la graine de moutarde et le levain)

Face à la découverte inespérée : le CHOIX radical (le trésor et la perle)

Face au tri à venir :  une MISE EN GARDE (le filet).

Ces paraboles ne témoignent-elles pas d’une façon claire et riche, de la fin des temps eschatologiques que le lecteur croyant attend ?


CONTENU

I. LA PLACE DE CES PARABOLES DANS L’ÉVANGILE DE MATTHIEU
Les cinq grands groupes de paroles de Jésus
Un évangile en cinq livrets
Un travail indubitable de composition
Le contexte lointain du ch. 13
Le contexte immédiat du ch. 13
Les paraboles du Royaume des Cieux
Vous avez dit paraboles ?
Quelle structure pour ce chapitre ?
Pourquoi un enseignement en paraboles ?


II. À L’ÉCOUTE DE CINQ MESSAGES PARABOLIQUES

Face aux difficultés de l’évangélisation, la CONFIANCE (le semeur)
Les difficultés liées à l’annonce du Royaume
Un opposition et une progression
L’idée de la parabole
La méthode pédagogique
L’interprétation de la parabole
L’état du coeur croyant dans l’accueil de la Parole
Face à la permanence du mal, la PATIENCE (l’ivraie)
Le bien et le mal mélangés
Une séparation urgente ?
L’exhortation de Jésus à la patience
L’orientation est eschatologique
Le jugement à venir
Face à l’insignifiance : l’ASSURANCE (la graine de moutarde et le levain)
La parabole de la graine de moutarde
La parabole du levain dans la pâte
Face à la découverte inespérée : le CHOIX radical (le trésor et la perle)
La parabole du trésor et de la perle
Face au tri à venir : une MISE EN GARDE (le filet)
La parabole du filet


PETITE SYNTHÈSE
CONCLUSION — AVEZ-VOUS COMPRIS TOUT CELA ?


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9. Tous les livres du monde ne sauraient contenir tous les dits de mon Rabbi

Déjà à la fin du XXe siècle, le Père Pierre Scheffer1 s.j. notait que « les jeunes générations s’évadaient, plus ou moins d’une culture dominée par l’écriture en se nourrissant de chansons, de films ou de télévision beaucoup plus que de livres. » Il observait ainsi que « le corps et la voix retrouv[ai]ent une place comme dans les premières cultures de l’histoire humaine, avant l’utilisation de l’écriture. En revanche, si ces cultures anciennes suscitaient un intense travail mémoriel, porté par le corps et la voix, il sembl[ait] bien qu’aujourd’hui la mémoire ait perdu ses lettres de noblesse. » Depuis lors, en ce premier quart du XXIe siècle, et surtout ces toutes dernières années, nous constatons l’accélération de ce phénomène due à l’émergence de « l’intelligence artificielle. »

Grâce au vaste répertoire de techniques très différentes à la confluence de plusieurs disciplines telles que les mathématiques, l’informatique, les sciences cognitives, les neurosciences et puis maintenant les data-sciences, l’intelligence artificielle permet l’automatisation de procédés et de tâches face auxquelles le cerveau humain rencontre certaines limites. Par des progrès encore plus considérables dans l’apprentissage profond dans le traitement du langage naturel, « l’intelligence artificielle générative » permet de gérer du contenu à partir d’instructions en langage textuel pour l’accès à un savoir en interaction avec la machine. Après la mobilisation d’ingénieurs, on recrute des philosophes censés apporter une dimension éthique à ces technologies. Pour autant, pourrait-on parler avec ce sentiment de puissance, de mémoire vivante ?

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8. L’écrit apporte la mort mais le souffle apporte la vie

Lit-on vraiment plus durant la saison estivale ? Les canicules, de plus en plus longues, sont-elles encore propices à l’édition de livres ? Les libraires apprécient particulièrement cette période car en dehors de deux grands moments d’édition de l’année, c’est-à-dire septembre avec les grands prix de littérature et janvier avec le retour orchestré et tapageur des « poids lourds », l’été n’est pas en reste. Mais comme le disait Bernard Pivot, on peut toujours déplorer que « la quantité de livres est inversement proportionnelle à leur qualité », quel que soit le degré de désaffection de plus en plus prononcé des lecteurs.

Marcel Jousse, face à Georges Duhamel (1884-1966) pour qui « la disparition prochaine et progressive du livre [risquait] de ramener notre civilisation à un état de barbarie », rétorquait que « la disparition du livre, si elle doit se faire, bien loin d’amener notre civilisation à un état de barbarie, va l’emmener à un état de reconstruction stylistique. »

En tant qu’enseignant à la Sorbonne de 1931 à 1957, Jousse se distinguait de la culture académique dominante, « algébrisée » et centrée sur l’écrit, en mettant en lumière sa découverte révolutionnaire d’une culture orale interactive et concrète, totalement soutenue par la mémoire. Il en trouvait la plus insigne démonstration en Rabbi Iéshoua profondément imprégné de la culture populaire galiléenne, araméophone et ne se transmettant que par voie orale.

Ses bases anthropologiques lui permettaient d’ouvrir les Écritures dans une perspective originale, en même temps qu’il reconnaissait dans le grec du Nouveau Testament des structures mentales et des formules sous-jacentes de l’araméen.

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7. Logique démonstration du substrat araméen des évangiles

Il est des diasporas qui, confrontées à des enjeux d’intégration dans leurs pays d’accueil au motif de barrières linguistiques ou culturelles, sont entraînées dans un repli communautaire d’autant plus pénalisant qu’elles sont parfois enclines à cristalliser des tensions politiques ou religieuses importées de leur pays d’origine. Ce qui est une tendance trop souvent observée ces dernières années décennies… mais ce qui n’est absolument pas le cas de la diaspora araméenne – souvent appelée aussi syriaque ou chaldéenne – dont la quasi-totalité de nos concitoyens ignore même l’existence. Rares sont les araméens restés au Proche-Orient – passés de 1,5 million en 2003 à moins de 200 000 aujourd’hui – mais pour eux, comme pour ceux partis en Occident, leur grande force est de s’être maintenus dans « l’Évangile mis en œuvre. » Forte d’une tradition religieuse chrétienne bimillénaire, la diaspora araméenne essaie également de maintenir vivante la culture ainsi que la pratique des différents dialectes, perpétuant ainsi l’héritage linguistique.

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