3. Nous avons vu la Gaule perdurable dans la Sarthe éternelle

Crise du détroit d’Ormuz oblige avec pour probable séquelle un transport aérien gravement sinistré, les vacanciers français au lieu de partir cet été en de lointaines contrées, préfèreront sans doute goûter au charme de nos campagnes. Au temps révolu des calèches, le grand Flaubert se plaisait à dépeindre les bords de la Loire1 comme un « … paysage enfin joli, varié dans sa monotonie, léger, gracieux, mais d’une beauté qui caresse sans captiver, qui charme sans séduire et qui, en un mot, a plus de bon sens que de grandeur et plus d’esprit que de poésie », en tirant pour conclusion : « c’est la France. »

Cent ans plus tard, évoquant la Sarthe de son enfance, Marcel Jousse reprenait cette image d’une France tranquille, à la fois « caressante » et « charmante », faite comme beaucoup de régions françaises, « de bon sens » et « d’esprit ». Mais ce paysage ne pouvait être pour lui seulement un objet de contemplation touristique. Pour lui, la campagne n’est pas un paysage admirable par lequel on passe, car cette terre est plus qu’une étendue où l’on promène son regard. C’est une terre où l’on vit et dans laquelle il était enraciné, une terre qu’il avait « creusée profond », une terre qui n’était pas un lieu de villégiature mais un style de vie.

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2. « Jamais homme ne parla comme parle cet homme-là »

L’héritage de l’anthropologue et prêtre Marcel Jousse (1886-1961) est considérable pour les chrétiens. Se définissant lui-même comme homme de l’oralité, il a beaucoup enseigné et peu écrit. À partir de sa propre expérience de paysan sarthois, il mit au jour une anthropologie de la connaissance et de la mémoire qu’il s’appliqua à aiguiser à l’approche de civilisations orales. Mais tous les préceptes qu’il enseigna à la Sorbonne auront été puisés dans l’univers évangélique, à la lumière des targoums bibliques en araméen. Cependant, c’est tout récemment, au premier quart du XXIe siècle1 que « la rencontre entre les formulations de Jousse sur l’oralité, et l’oralité vécue de la tradition de l’Église de l’Orient a permis de mettre des mots sur une réalité vivante qui est celle du texte oriental de l’Évangile Pshyttâ su par coeur et ruminé. »

Marcel Jousse avait cette exigence de véridicité que l’on retrouve dans l’oralité très scrupuleuse du monde rabbinique, ainsi que dans les aspirations de l’Église de l’Orient à apprendre par cœur les textes canoniques. Dès sa petite enfance sarthoise, Marcel Jousse avait appris l’Évangile des lèvres de sa mère orpheline et quasi illettrée qui l’avait appris elle-même d’une grand-mère totalement illettrée. Pouvait-il exister pour lui meilleure préparation à comprendre ce que peut être une parole vivante ? C’est la démonstration de ce que le sens de la foi et la grâce de la Parole sont accordés à tous les baptisés, quel que soit leur niveau d’instruction, pour la proclamation de l’Évangile dans toute sa force.

Et Marcel Jousse a eu cette prescience lumineuse d’une tradition araméenne et chaldéenne du témoignage direct par un récit « gestué » et su par cœur, facilement transmissible. Partant, il conçut d’appliquer à la Parole de Jésus sa méthode anthropologique, à partir des textes écrits, considérés comme des « textes morts », pour retrouver les « gestes vivants » sous-jacents, et replacer l’homme Jésus dans son contexte historique et linguistique araméen. Sous l’enveloppe grecque des Évangiles écrits, il en vint ainsi à prouver l’authenticité de la Parole vivante de celui qu’il appelait de son nom araméen Rabbi Iéshoua.

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144. Le travail humain

Partout, dans la Bible, l’homme est au travail.

Toutefois, parce que ce travail, de l’artisan ou du petit agriculteur, est assez différent du travail intensif et organisé qu’évoquent en nous les visions modernes du travail, nous sommes portés à croire que l’Écriture ignore le travail ou le connaît mal.

Et, parce qu’elle ne comporte guère de jugements de principe sur la valeur et la signification du travail, nous sommes parfois tentés d’isoler à notre fantaisie telle formule prise au hasard et de l’utiliser au profit de nos propres thèses.

Pourtant, si elle ne répond pas à toutes nos questions, la Bible, prise en sa totalité, nous introduit dans la réalité du travail, de sa valeur, de sa peine et de sa rédemption.

Bon travail aux curieux d’en savoir plus !


CONTENU

I. LA VALEUR DU TRAVAIL
Le commandement du Créateur
Le travail ne vient pas du péché !
Le travail de l’homme est l’épanouissement de la création de Dieu
Valeur naturelle du travail
Une loi de la condition humaine
La critique de l’oisiveté
Le travail bien fait
Valeur sociale du travail

II. LA PEINE DU TRAVAIL
Le travail atteint par le péché
Le travail terrain de déploiement du péché
Le monde ordinaire du travail dans la race d’Adam

III. LA RÉDEMPTION DU TRAVAIL
Le sabbat préserve le travail
Les clauses de l’alliance

IV. LE CHRIST ET LE TRAVAIL
Paradoxes évangliques
Le travail périssable
Valeur positive du travail
Valeur chrétienne du travail
Le travail et l’univers nouveau

ANNEXES
Vatican II : l’activité humaine dans l’univers
L’encyclique Laborem Exercens


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1. Quelle langue a parlé Jésus, Monsieur le vicaire ?


« Quelle langue a parlé Jésus ? », demandait le petit Marcel, alors âgé de douze ans, au vicaire de Beaumont-sur-Sarthe… Issu d’une culture d’oralité paysanne sarthoise, né à Beaumont en 1886 et décédé à Fresnay-sur-Sarthe en 1961, Marcel Jousse s’est très tôt passionné pour les origines de l’Église et ses liens avec la mémoire et l’oralité.

Sans jamais avoir connu le texte canonique des évangiles en araméen, Marcel Jousse était convaincu que la tradition de l’Église de l’Orient devait nous éclairer sur les origines de l’Église dans la langue parlée par Jésus Christ.

L’oralité et l’anthropologie gestuelle, telles qu’il les a enseignées entre les années 30 et la fin des années 50, se sont trouvées en résonnance avec une Chrétienté d’Orient dont la mémoire s’est perpétuée en dépit des guerres et des persécutions. Car c’est dans cette région du monde, creuset de beaucoup de civilisations, que s’est réalisée « l’Incarnation du Verbe ».

Quand j’ai eu 12 ans, j’ai été poser ce problème au vicaire de Beaumont : « Quelle langue a parlé Jésus ? – Il m’a dit : « Je n’en sais rien. Au séminaire on nous disait que Renan prétendait qu’il avait parlé syro-chaldaïque – Qu’est-ce que c’est que ça ? Je n’en sais rien – Mais au séminaire on ne vous a pas fait apprendre la langue de Jésus ? – Oh ! Mon pauvre petit, on a bien à faire autre chose que cela ! On a la théologie à apprendre – Mais alors, on ne vous a pas appris la langue de Jésus ? – Eh bien non »[…] Hier à l’École des Hautes Études, un prêtre qui me suit depuis plusieurs années m’a dit : « Vous êtes le premier d’entre nous qui ait essayé de comprendre profondément la valeur divine et humaine des paroles de Jésus. D’année en année s’est faite une conscience plus claire, une conscience de présence, alors je me suis dit, sans me le dire clairement car je ne savais pas le résultat où j’aboutirai : « Je veux ressusciter Jésus vivant parmi les êtres humains, et même parmi les prêtres qui ne s’en occupent pas. » C’est ce qui m’a été dit par un prêtre très pieux, vicaire d’une paroisse de Paris.

[…] Je vous fais aujourd’hui l’histoire de ma vie. Vous n’avez pas idée de ce que ce petit gars Marcel Jousse de Beaumont-sur-Sarthe a éprouvé en face de cette chose horrifiante. Je n’étais pourtant pas plus sot qu’un autre, j’avais été élevé au foyer par une mère profondément chrétienne qui, dès que j’ai été apte à pouvoir mémoriser, m’a appris les paraboles évangéliques. Le soir au foyer, et tous les soirs de carême, ma mère récitait l’Évangile du jour que lui avait appris sa grand-mère qui était illettrée mais profondément instruite des grands mécanismes traditionnels. Vous retrouverez cet écho dans mon œuvre, toujours : profondément instruite parce qu’illettrée. (Laboratoire de Rythmo-pédagogie, Sorbonne, le 8-02-1939).

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Chaque jour, j'étudie la Bible !