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Lancement d’une édition inédite de la Bible conçue par des femmes africaines

Analyse. Une Bible méditative inédite par des femmes africaines a  été conçue par l’ensemble des sociétés bibliques africaines. Elle sera  officiellement lancée samedi 13 avril, mais sa diffusion en français a  déjà commencé.              Charlotte Gambert, sur le site de La Croix

« C’est la première fois que des sociétés bibliques aussi diverses, sur un continent aussi hétéroclite que l’Afrique, réussissent à concevoir un projet d’une telle envergure ! » Elsbeth Scherrer, directrice éditoriale de l’Alliance biblique universelle (ABU), qui a participé à l’édition française d’une nouvelle Bible, spécifiquement dédiée aux femmes africaines, ne cache pas son enthousiasme.

Samedi 13 avril au temple de l’Étoile, dans le 17e arrondissement de Paris, une « Bible de méditation par les femmes d’Afrique » sera officiellement lancée en français, au cours d’un événement organisé par l’Alliance biblique française, la Communauté des Églises d’expression africaine francophones (CEAF) et la Fédération protestante de France (FPF). Conçu par 26 sociétés bibliques d’Afrique, l’objet de presque 2 000 pages (Éditions Bibli’o, 35 € pour l’édition classique ou 52 € pour la version haut de gamme) est en vente en France depuis le mois de février. À ce jour, 26 000 exemplaires ont été imprimés, destinés à une quinzaine de pays francophones.

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Mort d’Étienne Nodet, grand connaisseur de l’Antiquité juive

Le frère dominicain Étienne Nodet, professeur à l’École biblique et archéologique française (Ebaf) à Jérusalem, est décédé en Terre sainte dimanche 4 février, à l’âge de 79 ans. 

Christel Juquois, La Croix du 7/2/24

Il est décédé comme il a vécu, au cœur de la nuit, le 4 février, tombé en plein travail sur la nouvelle traduction de la Bible qu’il préparait à l’École biblique et archéologique française (Ebaf). Le frère dominicain Étienne Nodet, né à Bourg-en-Bresse en 1944, était entré dans l’ordre des prêcheurs en 1967, dans la province de Lyon, après des études à l’École polytechnique.

Après avoir passé deux maîtrises de théologie et de philosophie, il était parti en 1974 étudier le Talmud à l’Université hébraïque de Jérusalem où il vécut pendant trois ans à la Maison Saint-Isaïe, fondée par les dominicains de France à Jérusalem-Ouest, en proximité avec le nouvel État d’Israël en pleine construction. Rejoignant l’Ebaf en 1977, il enseigna et écrivit pratiquement jusqu’à sa mort, laissant « une bibliographie impressionnante », selon le frère Olivier Catel, de l’École biblique, dont le domaine de recherche est proche de celui d’Étienne Nodet.

« Un esprit original, pour qui rien ne coulait jamais de source »

« Il s’était passionné pour l’histoire juive, de la fin du VIe siècle avant notre ère, marquée par le retour des juifs de l’exil à Babylone, à la fin du Ier siècle, se souvient le frère Olivier Catel. C’était un fin connaisseur de la littérature rabbinique et de la culture juive, mais aussi du monde hellénistique. » Parlant cinq langues modernes et quatre langues anciennes, il a marqué la recherche par ses travaux sur l’historien juif et citoyen romain Flavius Josèphe : « Il a été un traducteur hors pair des Antiquités juives. » Mais il a aussi beaucoup étudié les Samaritains, considérés par les juifs comme schismatiques et même comme païens. Les travaux du frère Étienne l’avaient amené à penser qu’ils avaient en réalité conservé le dépôt véritable de la foi juive pendant la période de l’exil. Dans la dernière partie de sa vie, il s’est passionné pour les esséniens.

« J’ai eu la grande chance de l’avoir comme professeur sur la Mishna, estime frère Olivier Catel, actuellement à Oxford pour un an d’études talmudiques. Même s’il n’était pas toujours facile. C’était un esprit original, parfois provocateur, pour qui rien ne coulait jamais de source. Il n’aimait pas la langue de bois. Mais il était très apprécié de tous ceux qui l’avaient eu comme confesseur ou accompagnateur spirituel », rappelle frère Olivier avec émotion. Le frère Étienne Nodet a été enterré à Jérusalem.

Un ouvrage accessible

Toutes les questions : Quelle est l’histoire de la rédaction de la Bible ? Quelles sont les sources de l’Ancien Testament ? du Nouveau Testament ? Sur quels critères les livres qui la constituent ont-ils été retenus ? Qu’est-ce que la Bible hébraïque ? La Septante ? La Vulgate ? Quelle est l’histoire de sa réception à travers les siècles ? Tous les thèmes : Abraham, Adam et Ève, Caïn et Abel, Jacob, Noé, Moïse, Dieu, Jésus-Christ… Égypte, Judée, Sichem, Horeb, Sinaï, Jourdain… Mais aussi : accomplissement des Écritures, anathème, Esprit, gloire, haine, ivresse, loi, mort, pur et impur, promesse, sceau, silence, songe, Temple… Un dictionnaire de plus de 300 entrées. Pour enfin comprendre, avec l’École biblique de Jérusalem, le Livre des livres.

La foi d’une bibliste qui reconnaît sa savante ignorance

La bibliste Bénédicte Lemmelijn, spécialiste de l’Ancien Testament, offre un témoignage simple et profond sur la façon dont coexistent la croyante et la savante.

Que croire encore ? La réponse d’une bibliste, de Bénédicte Lemmelijn, Éditions jésuites, 112 p., 14,90 €

« Comment crois-tu et que crois-tu, comme exégète ? » Bénédicte ­Lemmelijn confie, avec simplicité et profondeur, ce qu’elle retire de la fréquentation assidue de la Bible, ce « livre étrange ». Il existe un « énorme décalage culturel et temporel », rappelle la bibliste, entre nous et ces textes, rédigés en hébreu, en grec et en araméen, sur plusieurs siècles, par des auteurs généralement inconnus, issus d’une société agricole. Sa forme actuelle est « le résultat d’un processus très complexe et très long, de réécriture, d’actualisation et d’ajouts », dit cette professeure d’Ancien ­Testament à la faculté de théologie et de sciences religieuses de l’université catholique de ­Louvain (Belgique).

La Bible est « le condensé d’une pensée théologique et culturelle» en évolution constante. C’est s’enfermer dans une « impasse » que de se « crisper » sur la véracité historique des événements rapportés par la Bible, comme le fait «la mentalité moderne », ou s’imaginer qu’il s’agit d’un «reportage journalistique », tandis que d’autres se claustrent dans une lecture littérale (le «fondamentalisme biblique ») qui réduit les textes saints à «un manuel pour décrypter et résoudre les questions actuelles, tant sociales que personnelles ».

Le plus important, souligne ce membre de la Commission biblique pontificale, «c’est d’identifier les messages profonds que les auteurs ­bibliques ont voulu apporter en témoignage de ce qui se vivait à l’époque au sein de leur communauté». Le Dieu biblique est, souligne-t-elle, un «Dieu vivant, qui est présent et se fait connaître dans la vie de celui qui le reconnaît». Contre toute attente, l’universitaire renonce à « saisir » et « comprendre » un Dieu fondamentalement « inconnaissable », car il échappe à toutes nos représentations. À la suite de Nicolas de Cues, théologien allemand du XVe siècle, elle reconnaît sa docta ignorantia (savante ignorance) : « Paradoxalement, on ne peut connaître Dieu que par la conscience de ne pas le connaître », ce qui signifie reconnaître ses limites en « renonçant à agripper» Dieu. La croyante s’en remet à un Dieu dont elle « admet (…) qu’Il existe, qu’Il nous est favorable et qu’Il nous aime». La foi, dit-elle, devient alors « véritablement un choix, un pas, une option consciemment entretenue et pour laquelle on s’efforce de progresser».

Antoine Nouis : « Nul ne peut avoir la prétention d’épuiser le sens de la Bible »

Sur le site de La Croix

Entretien. Antoine Nouis est pasteur protestant. Longtemps  directeur de l’hebdomadaire Réforme, il est l’auteur de plusieurs livres  (1), mais aussi d’un monumental commentaire de la Bible (2). Il raconte  l’aventure inédite d’une lecture commentée de la Bible, verset par  verset. Histoire(s) de lire : l’interprétation.  Recueilli par Christophe Henning.

Antoine Nouis, vous avez entrepris un commentaire verset par verset de la Bible. Un travail de bénédictin, selon l’expression, pour un pasteur protestant. Quel enseignement tirez-vous de cette lecture biblique ?

Antoine Nouis : En commentant la Bible verset par verset, j’ai découvert d’abord que les auteurs du Premier Testament tels qu’Isaïe, Ézéchiel, David sont d’immenses écrivains. Je les compte parmi les plus grands poètes de l’Antiquité. Ensuite, lire la Bible, c’est pour moi entrer dans l’intelligence des Écritures. En fait, je pensais que ce commentaire pourrait aider les « professionnels » pour dire vite, les prêtres, pasteurs, aumôniers… À ma grande surprise il y a aussi des lecteurs qui cherchent gratuitement.

Cette lecture est exigeante, elle nécessite un vrai travail…

A. N. : Lors de mes études, j’avais un professeur d’exégèse qui ne cessait d’insister pour dire qu’il travaillait en scientifique. Et quand il avait fini, par exemple l’analyse du chapitre 12 de l’Évangile de Marc, il appelait sa grand-mère : elle avait tout compris. Pour comprendre la Bible, vous pouvez faire une recherche théologique, intellectuelle, ou lire la Bible tous les jours pendant cinquante ans.

N’y a-t-il pas des passages qui résistent malgré tout à la lecture et la compréhension ?

A. N. : Il y a des textes en effet moins accessibles. Il vaut mieux commencer par la Genèse ou l’Exode que par le Lévitique. Il faut prendre la Bible comme on entre dans une bibliothèque, avec une diversité de styles, d’approche. Cette richesse élargit la compréhension de Dieu. J’aime m’arrêter aux différents personnages, Abraham, Moïse, David, bien sûr, mais aussi aux figures plus secondaires comme Esther, Ruth ou Osée, parce que les différentes histoires dialoguent entre elles.

Quels seraient vos conseils pour une lecture proche, finalement, de la lectio divina des moines ?

A. N. : Le commentaire verset par verset a été une expérience de lecture inédite. J’ai procédé très simplement, pour me poser à chaque verset la question suivante : « Qu’est-ce que j’entends ? » Je m’efforçais de ne rien écrire pendant une demi-heure. Le texte s’ouvre et c’est une expérience de lecture qui dépasse le sens premier et l’analyse intellectuelle.

Je sais que, lorsque je reprends un passage de la Bible que j’ai déjà commenté, il va me dire autre chose. Je crois que la lecture régulière nous forge progressivement, nous façonne et nous fait entrer dans l’intelligence de Dieu. On dit que cette parole est « performative », elle a des effets sur le lecteur qui reçoit la parole dont il a besoin aujourd’hui.

N’y a-t-il pas différentes manières d’écouter ce texte, peut-être même dans la prédication ?

A. N. : Et même au théâtre ! Le comédien Gérard Rouzier a lu l’Évangile de Jean en scène : entendre le texte est encore une manière de le découvrir. Il anime des sessions et lors de l’une d’entre elles, il a proposé d’apprendre par cœur le Magnificat. L’une des participantes s’est arrêtée trois jours sur les deux premiers mots : « Mon âme »… La fréquentation régulière révèle la subtilité et la complexité du texte, ce qui est caché entre les lignes. Calvin disait : « De même que l’Esprit a inspiré les Écritures, l’Esprit inspire le lecteur. »

C’est le statut somme toute particulier du texte biblique qui nécessite une appropriation…

A. N. : Prenons l’expérience de la Pentecôte : les disciples ont parlé et chacun les entendait dans sa propre langue. C’est un miracle de la communication mais on peut difficilement imaginer que les disciples-émetteurs parlent plusieurs langues en même temps.

En revanche, côté récepteur, chacun les entend dans sa langue maternelle, c’est-à-dire la langue par laquelle j’ai reçu mon nom, dans laquelle j’ai appris à nommer le monde qui m’entoure. À la Pentecôte, j’entends une parole parmi les plus importantes qui ne m’ait jamais été dite dans ma langue.

Est-ce la raison d’une perpétuelle reprise des traductions ?

A. N. : L’exercice de traduction est bénéfique, pour travailler aujourd’hui le texte, et pas seulement à partir du grec ou de l’hébreu. Il m’arrive de lire des passages en anglais, ce qui oblige à prendre du temps pour comprendre le sens dans une langue que je ne maîtrise pas totalement. Les mots consonnent différemment. Ensuite, il y a des enjeux de traduction plus techniques, notamment en raison de la polysémie des mots, tout particulièrement en hébreu. Au début du livre de Job, sa femme lui dit : « Maudis Dieu et meurs ». Mais c’est peut-être « Bénis Dieu et meurs… »

Comment faire en sorte que les différentes versions ne déstabilisent pas le lecteur ?

A. N. : Le texte biblique est plus large que ce que nous pouvons en comprendre. Il n’y a pas une seule traduction : l’intérêt de l’étude est de se libérer d’une lecture dogmatique. Dans les années 1970, on opposait volontiers une lecture littérale à la démarche historico-critique, très stimulante intellectuellement.

Mais dans une dimension pastorale, d’aumônier d’hôpital par exemple, on n’a que faire des querelles exégétiques. « Enseigner à lire, telle serait la seule et la véritable fin d’un enseignement bien entendu : que le lecteur sache lire et tout est sauvé », disait Péguy (3).

La lecture de la Bible n’est-elle pas, en quelque sorte une perpétuelle découverte ?

A. N. : Il faut conjuguer un respect scrupuleux du texte en acceptant que chaque verset, chaque mot, chaque lettre puisse avoir une infinité de sens. Qu’il y ait des interprétations différentes doit enrichir la lecture et j’aime l’herméneutique rabbinique en perpétuel mouvement. Il n’y a pas une seule interprétation possible. Nul ne peut avoir la prétention d’épuiser le sens de la Bible.

(1) Lettre à mes enfants éloignés de l’Église pour leur raconter ma foi, Labor et Fides, 2023, 120 p., 15 €.

(2) La Bible, commentaire intégral verset par verset en six volumes, Éditions Olivetan/Salvator.

(3) Pensées, Gallimard.

Session d’été de la Fraternité Saint Marc

Du lundi 1er août 2022 17h au dimanche 7 août 14h

Session d’été : conçue pour les familles et ouverte à tous, elle vous permettra de goûter et d’accueillir l’Evangile selon la tradition orale des premiers chrétiens.

Elle sera co-animée par le sanctuaire de Pellevoisin et par la Fraternité Saint-Marc.

Contenu : Chant, messe, adoration, enseignement, jeux et ateliers inter-générationnels, veillées, sortie pique-nique à Montbel, visite à St Jean Espérance

Flyer de présentation