Archives de catégorie : Chroniques joussiennes

5. Européens marqués par la perte de repères

Le 8 juin 2026, le pape Léon XIV déclarait devant les parlementaires espagnols que « le monde traverse une profonde crise spirituelle et culturelle », exprimant ainsi les craintes de l’Église confrontée au défi d’annoncer l’Évangile à des Européens plus que jamais marqués par la perte de repères. C’est encore aux Européens que le pape Léon XIV, détenteur de deux passeports américains (États-Unis et Pérou), s’adressera le 28 septembre prochain, en célébrant une messe à la cathédrale Saint-Étienne de Metz, un solennel hommage à Robert Schuman1, reconnu comme l’un des principaux « pères fondateurs » de l’Union européenne.

Une sauvegarde pour tout ce qui fait notre civilisation chrétienne

« Il importe de nous rendre compte que l’Europe ne saurait se limiter à la longue à une structure purement économique. Il faut qu’elle devienne aussi une sauvegarde pour tout ce qui fait la grandeur de notre civilisation chrétienne : dignité de la personne humaine, liberté et responsabilité de l’initiative individuelle et collective, épanouissement de toutes les énergies morales de nos peuples. Une telle mission culturelle sera le complément indispensable et l’achèvement d’une Europe qui, jusqu’ici, a été basée sur la coopération économique. Elle lui conférera une âme, un anoblissement spirituel et une véritable conscience commune. Il ne faut pas que nous ayons de la future Europe une conception étriquée, se confinant dans des préoccupations matérielles, si nous voulons qu’elle résiste à l’assaut des coalitions racistes et aux fanatismes de tout genre. » Robert Schuman (2)

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4. De la tradition orale à l’intelligence artificielle

L’encyclique du pape Léon XIV « Magnifica Humanitas »Humanité magnifique – portant sur « l’attention à la personne humaine au temps de l’intelligence artificielle. », encourage chacun d’entre nous « à promouvoir des formes de communication qui respectent toujours la vérité de l’homme. »

Se situant au plan anthropologique, l’encyclique nous donne à penser l’homme « avec les yeux de l’esprit » pour le considérer comme un vivant, ou au contraire, le penser « avec les yeux du pouvoir », en ne le percevant plus que comme un rouage au sein d’une mécanique techno-sociale. Il y a déjà un siècle, Marcel Jousse avait fait le choix d’aborder l’homme « avec les yeux de l’esprit. »

Magnifica Humanitas est une encyclique sociale qui repose sur cette alternative : sommes-nous en train de bâtir une nouvelle Babel – efficace, puissante, mais déshumanisante – ou une Jérusalem reconstruite pierre après pierre, dans la fidélité et la solidarité ? […] Pour Léon XIV, être chrétien à l’âge de l’intelligence artificielle signifie précisément cela : rebâtir patiemment un monde humain au cœur d’une révolution technologique sans précédent. (Daniel Esparza, Aleteia, le 27 mai 2026). https://www.vatican.va/content/leo-xiv/fr/encyclicals/documents/20260515-magnifica-humanitas.html

Marcel Jousse, depuis son Laboratoire de rythmo-pédagogie œuvrait dès la fin des années 1920, aux côtés de psychiatres, à consciencieusement « élaborer, expérimenter et perfectionner sans cesse une Pédagogie vivante », en s’écartant des idéologies creuses des « scribes du Temple » sur des formules qu’il disait mortes, pour nous rendre l’énoncé oral authentique venu de « la bouche du Christ »

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3. Nous avons vu la Gaule perdurable dans la Sarthe éternelle

Crise du détroit d’Ormuz oblige avec pour probable séquelle un transport aérien gravement sinistré, les vacanciers français au lieu de partir cet été en de lointaines contrées, préfèreront sans doute goûter au charme de nos campagnes. Au temps révolu des calèches, le grand Flaubert se plaisait à dépeindre les bords de la Loire1 comme un « … paysage enfin joli, varié dans sa monotonie, léger, gracieux, mais d’une beauté qui caresse sans captiver, qui charme sans séduire et qui, en un mot, a plus de bon sens que de grandeur et plus d’esprit que de poésie », en tirant pour conclusion : « c’est la France. »

Cent ans plus tard, évoquant la Sarthe de son enfance, Marcel Jousse reprenait cette image d’une France tranquille, à la fois « caressante » et « charmante », faite comme beaucoup de régions françaises, « de bon sens » et « d’esprit ». Mais ce paysage ne pouvait être pour lui seulement un objet de contemplation touristique. Pour lui, la campagne n’est pas un paysage admirable par lequel on passe, car cette terre est plus qu’une étendue où l’on promène son regard. C’est une terre où l’on vit et dans laquelle il était enraciné, une terre qu’il avait « creusée profond », une terre qui n’était pas un lieu de villégiature mais un style de vie.

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2. « Jamais homme ne parla comme parle cet homme-là »

L’héritage de l’anthropologue et prêtre Marcel Jousse (1886-1961) est considérable pour les chrétiens. Se définissant lui-même comme homme de l’oralité, il a beaucoup enseigné et peu écrit. À partir de sa propre expérience de paysan sarthois, il mit au jour une anthropologie de la connaissance et de la mémoire qu’il s’appliqua à aiguiser à l’approche de civilisations orales. Mais tous les préceptes qu’il enseigna à la Sorbonne auront été puisés dans l’univers évangélique, à la lumière des targoums bibliques en araméen. Cependant, c’est tout récemment, au premier quart du XXIe siècle1 que « la rencontre entre les formulations de Jousse sur l’oralité, et l’oralité vécue de la tradition de l’Église de l’Orient a permis de mettre des mots sur une réalité vivante qui est celle du texte oriental de l’Évangile Pshyttâ su par coeur et ruminé. »

Marcel Jousse avait cette exigence de véridicité que l’on retrouve dans l’oralité très scrupuleuse du monde rabbinique, ainsi que dans les aspirations de l’Église de l’Orient à apprendre par cœur les textes canoniques. Dès sa petite enfance sarthoise, Marcel Jousse avait appris l’Évangile des lèvres de sa mère orpheline et quasi illettrée qui l’avait appris elle-même d’une grand-mère totalement illettrée. Pouvait-il exister pour lui meilleure préparation à comprendre ce que peut être une parole vivante ? C’est la démonstration de ce que le sens de la foi et la grâce de la Parole sont accordés à tous les baptisés, quel que soit leur niveau d’instruction, pour la proclamation de l’Évangile dans toute sa force.

Et Marcel Jousse a eu cette prescience lumineuse d’une tradition araméenne et chaldéenne du témoignage direct par un récit « gestué » et su par cœur, facilement transmissible. Partant, il conçut d’appliquer à la Parole de Jésus sa méthode anthropologique, à partir des textes écrits, considérés comme des « textes morts », pour retrouver les « gestes vivants » sous-jacents, et replacer l’homme Jésus dans son contexte historique et linguistique araméen. Sous l’enveloppe grecque des Évangiles écrits, il en vint ainsi à prouver l’authenticité de la Parole vivante de celui qu’il appelait de son nom araméen Rabbi Iéshoua.

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